Bio E. Hopper

Publié le par cYcLiST


On classe souvent les oeuvres de Hopper dans les bornes du réalisme américain. Très personnelles et reconnaissables, elles ont tout autant à voir avec le symbolisme.

Son style se rapproche certes plus des peintres européens des générations passées notamment de Piero della Francesca , de Vermeer (voir, pour le premier Chambre d'Hotel (1931) et pour le second La jeune fille à la machine à coudre, (1921) tous deux au Musée Thyssen de Madrid) ou des impressionnistes (Degas pour sa conception subjective du point de vue et le cadre photographique). Son modèle de composition repose sur des formes géométriques grandes et simples à base d'éléments architecturaux mettant en valeur les verticales, horizontales et diagonales et des grands à-plats de couleurs.

En simplifiant les formes des personnages mais surtout des ensembles architecturaux, il permet aux objets inanimés d'évoquer des sentiments humains. Ses peintures incarnent une sensibilité particulière de l'Américain du vingtième siècle aux prises avec l'isolement, la mélancolie, la solitude et un érotisme latent.

Il fait trois voyages en Europe entre 1906 et 1910 mais ne subit pas l'influence du cubisme. Il est surtout marqué par les grands peintres européens (Diego Velazquez, Francisco de Goya, Honore Daumier, Edouard Manet) dont les œuvres lui avaient été d'abord présenté par ses professeurs de New York. Ses premières peintures, telles que Le pavillon de flore (1909, Whitney Museum) sont marquées par le réalisme et comportent ses caractéristiques de base sur les formes simples et les aplats de couleurs qu'il devait maintenir dans toute sa carrière.

Bien qu'une de ses peintures, Sailing, ait été présentée à la célèbre exposition de l'Armory show de 1913 à New York, son travail suscite peu d'intérêt. Il est obligé de travailler comme illustrateur commercial toute la décennie suivante.

En 1925, il peint La maison près de la voie ferrée, une date pour l'art américain car elle marque son arrivée dans son style de la maturité. L'emphase des formes, les angles émoussés et le jeu stricte de la lumière et de l'ombre étaient déjà présents dans ses premiers travaux, mais le ton, une atmosphère de solitude apaisée presque féerique, est nouveau et devient le vrai sujet de sa peinture.

Hopper continuera sur ce modèle pour le reste de sa vie, le raffinant et l'épurant sans en jamais abandonner les principes de base. La plupart de ses peintures dépeignent des scènes à New York ou de la Nouvelle Angleterre, des scènes de campagne et de ville, rues abandonnées, théâtres à moitié vides, stations services, voies de chemin de fer, pièces de maisons. Un de ses travaux les plus connus, Nighthawks (1942, institut d'art de Chicago), montre un café ouvert toute la nuit, ses quelques clients solitaires dans la lueur sans pitié des lumières électriques.

Il sera ainsi, le plus important représentant de l'école figurative américaine. Pour Hopper, l'élément américain se trouve dans son sujet principal : la grande ville, ses rues et ses bars, ses théâtres et ses hôtels. Cependant, pour lui, la ville n'est pas synonyme de compagnie, en dépit de la foule. Au contraire, la solitude est le thème central de son travail.

 

Hopper et le cinéma

Cinéphile, l’artiste s’est nourri des films de l’âge d’or hollywoodien des années 1930 et 1940. «Quand je n’arrivais pas à peindre, disait-il, j’allais au cinéma pendant une semaine ou plus». Hopper n’a cependant jamais revendiqué la moindre influence particulière du cinéma. Tout au plus dira-t-on que Ombres nocturnes (Night shadows, 1921) évoque un décor urbain à la Chandler, à la Hammet, proche, par exemple du Scarface de Howard Hawks (1932). Room for tourists pourrait évoquer un cambriolage, Stairway une fuite, Tôt un dimanche matin (Early sunday morning, 1930), l'imminence d'un braquage.

Peut-être Hopper a-t-il utilisé les techniques de la mise en scène et du cadrage des films noirs expressionnistes des années 30 pour concevoir ses toiles. Le jeu des ombres et des contrastes, la construction d’une image fortement géométrisée en seraient les paramètres les plus évidents. Mais, au jeu des correspondances, c'est toujours le peintre qui est en avance sur le cinéma.

Pour Nighthawks (1942), Hopper affirmait s’être inspiré d’une nouvelle de Hemingway, Les Tueurs, dans laquelle deux tueurs à gages assassinent un ancien boxeur – un récit que Robert Siodmak portera à l’écran en 1946, s’inspirant à son tour de plusieurs tableaux du peintre dans plusieurs décors de ce film. Wim Wenders, dans La fin de la violence, recrée la scène de Nighthawks.

Alfred Hitchcock reconstituera, selon ses désirs, La maison près de la voie ferrée (1925) en studio pour Psychose (1960). Il est aussi possible que pour Marnie (1964), Hitchcock ai pensé à Nuit au bureau (1940).

George Stevens, Terrence Malick ou Sam Mendes ont également rendu hommage à Hopper dans leurs films.

Les tableaux de Hopper ne contiennent pas vraiment une narration. Les tableaux sont vidés de leurs personnages. Ils sont plutôt l'esquisse, la possibilité, l'invite de notre imaginaire à inventer une narration. Ce cadre raréfié, ces temps morts où l'action est hors champ les rendent plus proche de Michelangelo Antonioni que du film noir.

Edward Hopper décrit avec jubilation la pastorale américaine, une Amérique provinciale, conservatrice en proie à une angoisse existentielle mais où prédomine les couleurs pimpantes. On serait là assez proche de David Lynch dans son esthétique de l'immobilisme, de la tension immobile, avant le déchaînement des éclats de violence. Lynch disait d'ailleurs que, avec Pollock et Francis Bacon, Edward Hopper était son peintre préféré, qu'il pouvait passer des heures devant une toile afin d'en capter les mystères et les secrets. Ils partagent surtout le même fond d'images, celle de la "Small town america" que l'on voit au début de Blue Velvet, dans Twin Peaks ou Une histoire vraie.

Hopper et Lynch ont tous deux une dimension théâtrale. Ils ne peignent pas tant l'Amérique que ses lieux communs, ses dimensions carnavalesque et symbolique. Ils ont conscience du pouvoir des stéréotypes sur l'imaginaire du spectateur. Il s'agit d'un processus visant à sortir de l'aliénation pour rénover notre regard par ses clichés et non d'un réalisme mimétique. C'est une théâtralisation carnavalesque de l'ordinaire.

Diagonales et perspectives, opposition intérieur / désert, dedans / dehors et surtout la figure du voyeur (Blue velvet, Lost highway) avec ce que cela suppose de violation de l'intimité par le dehors sont des figures communes à Lynch et Hopper.

Source : Edward Hopper, David Lynch : mises en perspectives par Jean Foubert (univ. Paris VII et du Havre) in Colloque " Vous avez dit Hopper ? " organisé par : Jean-Loup Bourget (ENS) et Elizabeth Glassman (TFA, MAAG)

Biographie détaillée :

En 1899-1900, après la High-School, il fréquente la Correspondence School of Illustrating à New-York, une illustre académie de publicité.

De 1900 à 1906, il fait des études à la New York School of Art, d'abord d'illustration, puis de peinture; il est l'élève de Robert Henri et de Kenneth Hayes Miller.

En 1906, il se rend pour environ 9 mois en Europe, Hopper visite l'Angleterre, les Pays-Bas, l'Allemagne et la Belgique, mais séjourne la plupart du temps à Paris.

En 1908, il s'installe définitivement à New York, il travaille d'abord comme dessinateur publicitaire et comme illustrateur; il ne peint qu'occasionnellementet seulement en été. Il réalise sa première exposition en collaboration avec d'autres élèves de Henri à l' Harmonie Club de New York.

En 1912, il peint à Gloucester dans le Massachusetts et plus tard à Ogunpint dans le Maine, et en 1913, il peint une huile sur toile le "Sailing" qui est exposé à "l'Armory Show". De 1915 à 1926, premières gravures à l'eau-forte, il en réalisera une cinquantaine.

1914 : Soir bleu

En 1920, le Whitney Studio Club lui permet de réaliser là-bas sa première exposition particulière d'huile sur toile de Paris, qui ne tarde pas à être suivie par une deuxième dès 1922, exposition de caricatures. En 1923, il commence à peindre à l'aquarelle, il reçoit le "Logen Prize" de la Chicago Society of Etchers. L'année suivante, il expose toutes ses nouvelles aquarelles à la Franck K. Rehn Galery. Cette même année il se marie avec Joséphine Verstille Nivison.

1921 : Vent du soir
1925 : La maison près de la voie ferrée

De 1926 à 1933, exposition d'imprimés et d'aquarelles au saint Botolph Club de Boston, puis au Morgan Memorial à Harthord dans le Connecticut, et enfin lors de la "Painting by Nineteen Living America" au Museum of Modern Art de New York.

1927 : Le phare
1927 : Automat
1927 : Pharmacie
1927 : Théâtre
1928 : Fenêtres la nuit
1929 : coucher de soleil près de la voie ferrée
1925-1930 : autoportrait

Depuis 1930, il passe ses étés à Cape Cod, dans le South Truro, Massachusetts. En 1933, il s'y fait construire une maison d'été où il retournera régulièrement jusqu'à un âge très avancé. De cette année jusqu'au milieu des années cinquante, il réalise de longs voyages en voiture lui font traverser le Maine, le Canada, le Nevada, la Californie, l'Oregon, le Wyoming, la côte ouest des Etats-Unis.Il voyagera également plusieurs fois, 1943, 1946, 1951, 1952, au Mexique jusqu'à Saltillo, et Santa Fe. Presque toutes ses aquarelles réalisées après 1940 voient le jour pendant ses voyages.

1931 : Chambre d'hotel
1932 : Appartement à New York

En 1935, il reçoit la "Temple Gold Medal" de l'Academy de Fine Arts de Pennsylvanie, et le "Fisrt Purchase Prize in water Colour" du Woucester Art Museum, Massachusetts. En 1937, il reçoit le premier "W.A.Clark Prize"" et la "Corcoran Gold Madal" de la Corcoran Gallery or Art, Washington D.C. En 1942, il reçoit l'Ada S.Gaerette Prize" de l'Art Instutitue de Chicago". En 1945, il est élu membre du National Intutite of Arts and Letters. Les succès et les honneurs ne modifient ni la façon de travailler de Hopper, ni son mode de vie. En compagnie de sa femme Josephine, également peintre, il vit modestement dans un appartement situé au Washington Square à New York.

1938 : Compartiment c, voiture 193
1940 : Essence
1940 : Nuit au bureau
1942 : Nighthawks (noctambules)

En 1950, le Whitney Museum of American Art de New York organise une autre rétrospective. D'importantes expositions aux Etats-Unis succèdent à cet évènement la même années, comme l'exposition au Museum fine Arts de Boston et celle à l'Institute of Art de Détroit. En 1952, Hopper représente son pays à la biennale à Venise. En 1953, il reçoit le titre de "Doctor of Fine Arts" de l'Institute of Chicago et celui de "Doctor of Letters" de la Rutgers University. En 1955, il est membre de l'Academy of Arts and Letters, cet organisme lui décerne la "Gold Medal of Painting", plus haute distinction du monde de la peinture aux Etats-Unis.

1950 : Matin au cap Cod
1952 : Soleil du matin

En 1956, il reçoit une bourse de la "Huntington Hardford Foundation". L'année suivante, il reçoit le "New York Board of Trade Salute to the Arts Awards" et le "Fourth Internationnnal Hallmark art Award". En 1960, il reçoit l'"Art in america Annual Awards". En 1964, il reçoit le "M.V. Kohnstamm Prize for Painting" de l'Art Institute de Chicago.

1956 : Route à quatre voies
1958 : Soleil dans une cafetaria

De 1959 à 1965, il se déroule différentes expositions personnelles et rétrospectives de différents musés, telles que celle de l'œuvre graphique de Philadelphia Museum of Arts, et celle du Worcester Art Museum du massachusetts. Cette même année, il reçoit son "Doctorat Honoris causa" du Philadelphia College of Art. Il peint alors sa dernière toile "Two comediens".

1961 : Une femme au soleil
1962 : Bureau à New York
1965 : Deux comédiens

En 1967, il représente les Etats-Unis à la Biennale de Säo Paulo à côté des représentants de l' "American Scene" et du Pop Art. Après un séjour de plusieurs semaine à l'hôpital, il meurt le 15 mai dans son studio à new York. A peine un an plus, il est suivi par Joséphine Hopper.

 

Bibliographie :

  • Edward Hopper, catalogue de l'exposition à la Modern Tate, 2004
  • Hopper par Rolf Günter RENNER. éditions Taschen. Munich. 1993.
  • Edward HOPPER par Jean-Paul HAMEURY, éditions Folle Avoine. Paris. 1992.
    Critique et interprétation. Pas d'iconographie.
  • Edward HOPPER par Gail LEVIN. éditions Flammarion. Paris. 1985.
    Critique et interprétation.
  • Edward HOPPER par N.CENDO / Y.BONNEFOY / G.LEVIN / G.VIATTE. Editions Adam Biro. Paris. 1989. Catalogue édité pour l'exposition Hopper à Marseille (Musée Cantini, 1989.
  • Edward HOPPER, Quarante Chefs-d'oeuvre par Heinz LIESBROCK. Collection Bibliothèque Visuelle. Editions Schirmer / Mosel. Munich. 1988.

Ressources internet :

http://perso.wanadoo.fr/o/sommaire.htm

Publié dans ArtsPlastiques

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